Les vacances sont finies depuis une bonne semaine et les
parties de pêches se font forcément plus rares…
Manquant de motivation pour aller en Saône ou prospecter d’autres
eaux, un petit quelque chose me suggère d’aller me poser dans le canal à deux
encablures de chez moi.
J’hésite un moment car le dimanche le chemin de halage est particulièrement emprunté à la fois par les
vélos et les familles qui ont besoin d’une balade digestive…
Le ciel étant particulièrement chargé, l’après-midi sera calme de ce côté-là.
Arrivé sur des berges que je connais plutôt bien, je décide
toutefois de changer de poste.
Je repère une zone où les fouilles sont assez nombreuses et
je vois même de très beaux spécimens me narguer entre deux eaux !
Après avoir cherché des zones où le fond est dur, je ne peux
plus résister, je m’installe !
Je tends trois lignes, deux à la graine, une à la bouillette ;
la quatrième canne servira à pêcher au coup.
Si la friture est rapidement au rendez-vous, côté carpe c’est
calme.
Il est plus de 17h00 et je commence à perdre espoir lorsqu’un
bateau pointe le bout de son nez dans l’écluse… Je peste contre l’arrivée de ce
perturbateur qui va me décaler toutes les herbes et par conséquent rendre la
pêche compliquée.
Celui-ci passera doucement et ne fera pas trop de dégâts
dans les herbiers.
Mais le canal est alors pris de mouvements d’eaux
intempestifs qui font biper occasionnellement mes lignes bien que celles-ci
soient posées à 1 mètre du bord…
Ces bips me rendent nerveux et je bondis à chaque fois que
ça sonne… jusqu’à ce que le bip perdure et que le moulinet déroule à fond !!
Je n’en crois ni mes yeux, ni mes oreilles ! Je saisi la canne et ai
immédiatement la certitude de tenir un spécimen ! C’est lourd. Très lourd
et très puissant.
Les bouillons sont énormes et des bouts d’herbiers remontent
déjà à la surface comme si une tondeuse était en train de tout faucarder dans
le fond ! Des nuages de boue témoignent de la puissance de la bête dont je
viens d’apercevoir la caudale… Elle est belle c’est une certitude.
Frein serré à fond, elle me reprend 10 mètres d’un coup et
file dans le milieu espérant sûrement rejoindre les herbiers d’en face. J’arrive
tant bien que mal à la contenir et la voilà qui monte enfin en surface !
C’est une commune. Je pense alors à celle prise dans ces eaux il y a 2 ans et
me dit qu’il doit s’agir de celle-là avec quelques grammes (kilos ?) en
plus !
J’imagine déjà un poisson d’une quinzaine de kilos et j’en
tremble presque…
Je prie pour ne pas casser ou pire décrocher.
Elle se défendra durant un bon ¼ d’heure avant de venir s’échouer
dans mon épuisette et passer au verdict du peson.
Les chiffres qui s’affichent me déçoivent un peu : 11,1
kg… Elle ne fait « que » 11,1 kg.
J’imaginais (espérais !) bien plus.
La déception sera toutefois de très courte durée car j’ai là
sous les yeux une carpe magnifique, jamais piquée, parées d’écailles dorées qui
semblent vernies aux nageoires rouges-orangées !
Tout simplement superbe.
Je décide de la mettre en sac de conservation et demande à
Rodolphe s’il peut venir pour la photo.
Il le fera, mais à la tombée de la nuit…
Remis de mes émotions, je redépose ma ligne au même endroit
accompagnée de deux pelletées de graines.
Encore sous le charme de la bestiole, j’envoie des MMS dans
tous les sens et échange au passage pas mal de SMS… j’en délaisse même ma ligne
au coup.
Moins d’une heure s’est écoulée lorsqu’un nouveau départ se
produit !
Je suis sidéré… et bondis sur ma canne ! Je ferre et
tiens une nouvelle carpe ! Celle-ci est beaucoup plus nerveuse ce qui me
fait penser qu’elle doit être plus petite… mais quel tonus !! Je peine à la monter et constate qu’elle sonde
systématiquement pour trouver refuge dans les paquets d’herbes ! Sa
caudale produit d’énormes remous et là encore, ça faucarde sévère …
Elle me mettra des rushs de dingue me prenant à chaque fois
des mètres de fil en un temps record.
Bien que plus petite, sa défense est beaucoup plus agressive et j’ai peur pour mon
bas de ligne…
Le combat durera une
bonne dizaine de minutes avant qu’elle ne se rende.
Mon peson affichera 7,4 kg.
Cette nouvelle commune est la copie conforme de sa grande sœur :
des couleurs sublimes et un corps entièrement vernis ! Je la mets
également en sac dans l’attente de l’arrivée de Rodolphe.
Woaouh ! Quelle fin d’après-midi !
Bien entendu, je re-dépose ma ligne sur ce spot d’enfer et
arrose de quelques graines.
J’ai l’impression de rêver au milieu de cette atmosphère
étrange : il n’y a pas un poil de vent, le canal est un vrai miroir, je ne
vois passer personne et il n’y a pas un chant d’oiseau.
Le temps semble tout simplement arrêté.
Confortablement installé dans mon fauteuil, je profite de
ces instants magiques ou tout est "calme, luxe et volupté" comme le disait le bon Charles…
Le jour décroit désormais rapidement et Rodolphe n’est
toujours pas là…
20h20, je commence à songer à remballer.
Sauf que c’est reparti, toujours sur la même canne !!
Inouï.
Mais cette fois la chance n’est pas de mon côté et le combat
ne durera qu’une poignée de secondes : mon 35 centième ne résistera pas
aux assauts de cette nouvelle carpe et l’affaire est vite entendue !
Quelle misère.
Je crois qu’il n’y a rien de pire que de ne pas voir son
poisson, surtout lorsque qu’on pêche dans un mètre d’eau…
Frustré par cette fin inattendue, je préfère ne pas
retendre, devant rentrer dans peu de temps.
Rodolphe arrivera quelques minutes plus tard pour les photos
et je repartirai dans son sillage.
Mais alors qu’elle étonnante journée !
3 départs en 3 heures sur le même poste en canal, on frise l’exceptionnel.
Mais voilà, demain il faut retourner au taf et je ne suis
pas sûr que la prochaine session sera aussi prolifique…


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